« Les produits certifiés par Madacraft sont protégés »

Le président du GIE Madacraft parle du niveau de créativité des artisans malgaches.

On affirme que la créativité des artisans malgaches est en perte de vitesse, ces dernières années. Partagez-vous cette opinion ?

Sur ce point, les artisans malgaches ont encore beaucoup d’efforts à faire. En matière de créativité, il y a cinq niveaux. Il y a, d’abord, la créativité expressive ou primaire qui a trait, en général, à l’art primitif, la plus originale. Ensuite, il y a la créativité productive, niveau auquel se trouveraient les artisans malgaches, c’est-à-dire qu’ils impliquent la mise en œuvre de talents, ou d’aptitudes, plus développés, mais ils ont tendance à suivre seulement la tendance du marché, à copier ce qui existe déjà. Le troisième niveau concerne la créativité inventive qui met en avant la capacité de mettre en relation les connaissances cumulées et de jouer sur les matières premières  et la technologie, à travers les machines employées. Par exemple, depuis deux ou trois ans, la technique utilisant le carton ou le bambou est lancée à Madagascar. La créativité innovante fait appel aux nouvelles technologies, telles le gravage par laser. Enfin, la créativité émergente consiste à créer l’outil avec lequel on voudrait confectionner son produit. Elle correspond à la conception de principes fondamentaux totalement nouveaux.

Comment développer cette créativité ?

La créativité ne devrait pas être associée seulement à l’art, elle devrait être présente à tous moment. Le manque de connaissance de nous-mêmes constitue un blocage, car nous n’appréhendons pas les conditions qui déclenchent notre inspiration. Il existe différentes façons pour booster cette créativité, pour passer du primaire au secondaire. Tout d’abord par la formation sur le design, l’organisation de rencontres informelles qui consiste à parler d’autres choses que l’artisanat. Le déclic viendra lors des déviations, et permettra de sortir de la zone de connaissance et d’explorer d’autres domaines, et enfin de tester et tirer les leçons des échecs.

L’absence de protection des inventions décourage les artisans à créer. Existe-il des actions que la GIE met en œuvre, dans ce cadre ?

C’est dans ce sens même que nous avons mis en place le label Madacraft. Cette marque est déjà protégée auprès de l’OMAPI. Les produits certifiés selon les critères mis en place seront automatiquement protégés. Les artisans n’ont plus à demander une protection juridique de leurs créations. Les critères de certification sont la qualité,  l’innovation, l’authenticité et l’éthique. Le respect de l’environnement, l’hygiène de l’atelier de travail, l’interdiction du travail des enfants entrent dans le cadre de l’éthique. L’artisan designer a l’obligation de respecter un cahier de charges.

L’Express, Mercredi 08 Mai 2013